ALMA FORRER

ALBUM « L’ANNÉE DU LOUP » DISPONIBLE

 

En France, on manquait jusque-là d’une artiste qui exprime à la fois le besoin d’émancipation féminine et un grand souffle romantique, l’éternelle recherche d’un amour absolu et la modernité 2.0. Fille spirituelle d’Angel Olsen et de Marie Laforêt, Alma Forrer incarne à merveille cette créature-là. Avec son prénom digne d’un film de Bergman, son physique adjanien et sa voix au bord de l’évanouissement, la jeune parisienne rappelle les égéries des années 80, celles qu’on retrouvait au fond de la piscine dans leur petit pull marine. Mais les temps ont changé, les jeunes filles ont appris à nager, fût-ce à contre-courant. Et elles n’ont plus besoin de Pygmalion pour se jeter dans le grand bain.
La jeune auteure-compositrice-interprète de 25 ans à l’imaginaire fantasque et à la curiosité sans failles étonne par son parcours, déjà jalonné de deux premiers EP autoproduits, remarqués par la critique, de premières parties de Vianney, Biolay ou la Grande Sophie, de deux cursus universitaires en histoire de l’art et en communication, de voyages en Suède et au Québec. Bien ancrée dans son époque via le récit d’errances sentimentales typiques d’une millennial – cf « Conquistadors », chanson sur le désir, et « L’année du loup », où une fille prend les devants et invite un garçon à se libérer, dévorante métaphore du dépucelage -, Alma Forrer a pourtant quelque chose d’intemporel qui fait dresser l’oreille. Cette manière un peu surannée et charmante de dire « Je me donne au moins offrant » dans « La course », ballade pop au parfum sixties et yéyé. Ou cette façon, très Christophe, de nous transporter, après une intro shootée à un choeur de voix éthérées, dans un ailleurs furieusement poétique et de réciter calmement : « Je suis toutes les nuits noires du monde/ tous les océans, les vagues d’argent, les maquis, les terres blondes/ Je suis l’espoir d’un jour promis à ne rien posséder, à ne rien regretter, embrasser toute la vie/ je suis l’indomptable faim au ventre, les festins d’un soir, le secret espoir d’une passion violente » (« Je suis »). Etrange et fascinante Alma qui fait le pont (sans mauvais jeu de mots) entre la variété française des années 70 (Berger, et même Juvet-Jarre, pour leur délirant « Faut pas rêver »), le folk indé américain (Cat Power, Marissa Nadler) et les songwriters légendaires (Leonard Cohen, Townes Van Zandt, Steve Earle).
Avec elle, et son timbre si particulier qu’on le croirait façonné par le vent et le souffle des anges, chaque chanson est mise à nu, prend des allures de catharsis. Vertige quand elle murmure, dans la splendide ballade folk « N’être que l’hiver » qui ouvre l’album : « Viens prends mes cheveux/ prends mes lèvres/ prends tout ce que tu veux ». Trouble sensuel lorsqu’elle soupire dans « Conquistadors », hit pop uptempo et clin d’oeil aux années 80 : « Tous les garçons sont des améthystes/ qui reflètent sur moi chacun de leurs vices/ Et j’aime ça terriblement/ je ne vois plus passer le temps ». Diane chasseresse ou proie désabusée ? A la manière de Lana Del Rey, Alma Forrer refuse de trancher, préfère brouiller les pistes. Et confie mystérieusement, lorsqu’on l’interroge sur son travail : « On écrit et on écoute des chansons pour s’inventer des vies, exprimer des choses impossibles à dire, se consoler de ses échecs et soigner sa souffrance. »
On comprend pourquoi, face à cette belle énigme, le producteur anglais Ben Christophers (Bat for Lashes, Nakhane, Françoise Hardy) a tout de suite accepté de réaliser son premier album. Et Renan Luce (« La raison de mon retard » et le texte de « Song d’une nuit d’été »), Thousand (« L’année du loup ») ou Jo Wedin et Jean Felzine de Mustang (« La course ») de lui prêter main-forte sur certaines chansons. Au fait, Alma, ça veut dire « âme » en espagnol. Et d’âme, Alma Forrer n’en manque pas.

 

 

CLIP « L’ANNÉE DU LOUP »

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LABEL : BMG